Mon arrivé au CIT 156
2 Juin 1969
Vers 5 heures du matin, je sors de la gare de Toul. A Angoulême, il fait environ 15 degrés, ici il fait -5. Pas de taxi, donc à pattes jusqu'au CIT. Je suis reçu au poste de police par un margis ensommeillé qui m’enregistre, et appelle une sentinelle qui me conduit au GIC. Je rentre dans un bâtiment qui est endormi, et là un bricard me demande en gros de raconter ma vie, et surtout pourquoi je me suis engagé, si je regrette …...cela dure bien 2 heures au bout desquelles, il me conduit dans une chambre et me désigne un lit vide, et repart sans dire un mot.
Je devais dormir profondément, quand Ta ra ta ta …. Je suis réveillé, en me demandant quel est l'abruti qui joue de la musique, sérieusement, c'est le gars à qui appartient le plumard qui me secoue pour récupérer son bien.
Maintenant, la suite de réjouissances : on me conduit auprès d'un bricard, qui me fait faire le tour de la caserne en me faisant passer par tous les bureaux, en se présentant à chaque fois, et j'ai le plaisir de savoir que je suis une jeune recrue.
La promenade se termine au point de départ, mais pas dans le même bâtiment, où j'ai la joie de rencontrer un brave type qui m'apprend qui est mon moniteur. Il me fait rencontrer d’autres nouveaux venus, et me conduit chez le coiffeur. La FRACO cette bande de sorciers indiens, s’en est donnée à coeur joie avec ma tête. J’avais déjà les cheveux très courts, ils ont trouvé le moyen d’en couper d’autres. Retour à la case départ à savoir le GIC et sa 6ème compagnie.
Deux jours ont passé quand, un gars en grande tenue galon au clair, (j’apprendrais plus tard que c’était un maréchal des logis et qu’il était en tenue de sortie). Ce brave homme, nous fait réciter : que la discipline étant la force des armées etc …. etc . Le lendemain, c’est le tour à l’infirmerie ou un grand rouquin, nous examine de la tête aux pieds, pipi tous dans le même bocal, et retour à la base.
Debout 6 heures petit dej d’un café à l’eau de vaisselle et d’un pain de guerre que même avec une masse, tu le casses pas, toilette et fissa on nous met en rang, où l’on nous dit que l’on va au rapport. Un margis fait mettre tout le monde au garde à vous, dit à un capitaine que l’on est à sa disposition, repos et tout le monde va à ses occupations. Pour nous c'est l’habillement.
L’habillement
Nous voila tous devant des caisses et on nous distribue tout le nécessaire pour ressembler à des militaires, et nous entretenir. Retour au CIT chargé comme des mules.
La CDO
Il y a un endroit que j’ai oublié de vous parler, la CDO, autrement dit le réfectoire. Donc le premier jour après le tour commenté de la caserne, l’heure du repas ayant sonné on nous dirigea vers un bâtiment prévu à cet effet. Lorsque je rentrais dans cet antre, je failli tomber à la renverse. Le sol, je suppose avait dû être lavé à l’huile de vidange, il était noir marron avec des des tâches jaunes, de sa couleur initiale, si si je n’exagère pas. Je m’attendais, à l’armée a du pas propre, mais là, je touchais le fond. On nous mis à une table, il fallu aller chercher pain et eau, jusque là rien de méchant, j’avais l’habitude de la vie en communauté avec mes études. Une viande nous fut servie, la pauvre bête avait dû faire les champs de courses ou chopper une crise nerveuse. J’avais l’impression de manger du cuir, mes chaussures devaient être moins dures. Le dessert, une pomme, ma foi la seule chose, où mon estomac ne voulut pas faire la révolution. Je ne bus que de l’eau car le château d’Ecrouves ne me parut pas conseillé à ma digestion. De l’eau avec de la poudre de je ne sais quoi je suppose.
Reprenons donc au retour de l’habillement. Après la leçon de lecture avec le margis, nous eûmes une visite gratuite des escaliers, avec changement de tenue à chaque séance. Un coup en tenue de sortie, une autre fois en demi-saison, en été, en hiver avec contrôle du temps, et je suis sûr que l’on aurait sauté par-dessus la rampe, que ce n’aurait pas été assez vite. Ceci étant fait, pour nous reposer un peu, on nous a fait chanter, n’allez pas rêver, ce n’était pas de la variété française. «Tes anciens ont souffert sur la piste» c’est sûr qu’avec nous, ils ont souffert les pauvres anciens.
Au réveil on nous annonce comme réjouissance, parcours du combattant. On nous emmène sur les lieux, et en avant l’échauffement, pas de gymnastique, etc…… Le moment crucial étant arrivé, on nous présente l’échelle de corde. Ha ! Cette échelle de corde, si j’avais pu la faire brûler ou mettre en morceaux, je l’aurais fait volontiers. Une fois là-haut, le seul moyen d’en descendre, c’était le saut. Evidement, je restais bloqué et pas moyen de faire demi-tour, en bas les quolibets pleuvaient drus. Un brave margis des sports nommé Limol monta derrière moi, me fit un ciseau avec ses jambes et me fit basculer, merci à lui l’honneur était sauf.
De retour au CIT, on nous a appris le chant de compagnie « La vie appartient à ceux qui sont les plus fort ». Celui là, nous l’avions tant entendu pour aller à la CDO que ce fut plutôt facile.
La présentation au chef de peloton.
On nous explique que l’on va nous présenter au chef de peloton. Là je commence à trembler, car au dire du moniteur, ce monsieur et tout sauf rigolo et compréhensif. Donc je frappe à la porte du bureau, une voix de ténor me répond d’entrer, et là je vois un homme habillé en para, l’air aussi sympa qu’un tigre, il me crie « présentez-vous » et commence "conducteur Mamo" etc……… Il me pose une question, et j’ai le malheur de ne répondre que « oui » il me hurle « OUI CHEF » là si le sol pouvait m’engloutir, j’en serais heureux, je ne vois plus rien, et je suis à deux doigts de pleurer, voir de partir en courant. Comprenant mon émoi, il m’explique, qu’avec lui, si l’on fait une entorse au règlement il ne nous loupera pas. Honnêtement, j’ai même pensé à lui demander la procédure pour tout annuler, mais ayant réfléchi, j’ai préféré la boucler, car je suppose que cela aurait été mal vu. Vous pouvez sortir. Ce que je fis sans me faire prier. Inutile de vous dire que j’étais trempé de la tête aux pieds.
Le chef Louis, cet ancien Para, toujours avec son treillis et le ceinturon de cette arme. Grand costaud l’air sévère, effectuant son commandement de manière solennel et parlant d'une voix forte et grave, il faisait peur, c’est vrai. Mais j’ai aussi appris qu’au fond il n’était pas méchant. Si vous aviez des problèmes, il vous aidait à les résoudre, par contre si vous faisiez une bêtise, il ne vous loupait pas. Droit, honnête, un vrai chef, toujours prêt et à l’écoute.
Les cadets 52
Le moniteur nous a réuni pour apprendre une chose importante, qui nous suivra bien au-delà de notre carrière. Les jeunes engagés comme nous au sein du CIT 156 faisaient partie d’une grande famille. Les Cadets nom donné depuis l’année 1961 aux jeunes engagés volontaires de l’arme du train. Nous étions le 52ème peloton, donc les cadets 52, de cela nous devions faire honneur aux couleurs du CIT, du GIC notre quartier et de notre 6ème compagnie. Nous devions avoir à l’esprit ces deux mots: obéissance et solidarité entre nous. En deux mots être cadets était et est toujours un honneur.
L’instruction
Celle-ci débuta à partir de ce jour et devait durer 6 mois. Nos premiers moniteurs étant mutés deux nouveaux arrivèrent, ainsi qu’un brigadier-chef, un brigadier et un margis.
On démarra par apprendre à marcher au pas, à faire demi tour, puis ce fut en chantant. Machin, le ton ! Un deux trois quatre …. ! Et c’était parti.
Et la grande danse commença : Garde à vous, repos, à gauche gauche, à droite droite, en colonne couvrez. Une fois, deux fois, dix fois. Plus tard on nous présenta le fusil, tout d’abord le MAS 36 puis rapidement le MAS 49/56. Munis de ces précieux fusils, la danse recommença avec une variante : Garde à vous ! Arme sur l’épaule droite. On recommence ! On dirait des cannes à pêche, reposez armes…. !!!! Puis histoire de changer, ce fut : Présentez armes ! Au début ce fut en ordre dispersé, puis les choses s’améliorèrent, alors ce fut la marche au pas avec le fusil sur l’épaule, et en plus en chantant, ce n’était pas une rigolade, je vous l’assure. Ceci dura quelque jours, puis pour varier les plaisirs ce fut le présentez armes et pour panacher sur l’épaule et présentez armes et chaque fois on entendait « il y a un cosaque, le cosaque en question, s’était trompé, il avait mis le fusil sur l’épaule au lieu du présentez. Et rebelote on remettait ça. Puis ce fut les marches, direction le plateau d’Ecrouves, 12 km chargé comme des mulets, la musette chargée des rangers et autres bricoles, le fusil la gourde et j’en oublie. Le chef Louis y allait à grandes enjambées. Mon dieu qu’il avait de grandes pattes le chef Louis, mais je m'étais dit, tu ne lâcheras pas Mamo comme ça. Et c’est un peloton au complet qui rentra à la caserne, sur les genoux, mais fiers d’être allés jusqu’au bout.
Le Tir
Un matin, après ce qui devait être un jus, on nous fit mettre en peloton pour aller au champ de tir, pas tous, car un petit groupe fut mis à part, sous le nom glorieux de vedette de tir. Non ne rêvez pas, rien à voir avec le chant ou le cinéma, pas plus que c’était des champions de tir, tout simplement ils faisaient la sécurité autour de Bois-l’évêque pour empêcher les civils d’accéder au champ de tir.
Donc, tous dans les camions et fouette cocher. Nous voilà devant une esplanade bien dégagée et pour cause, à force de tir, les arbres étaient taillés comme une haie. En position du tireur couché, pour un tir groupé à 200m, commencez le feu, moi j’envoie la purée, halte au feu, aux résultats. Je vois le chef Louis avancer vers moi et de toute sa hauteur me coller une avoinée grand siècle « Mamo vous tirez comme un arrosoir, inutile de vous dire de haut de mes 18 ans, je tremblais comme une feuille. Inspection des armes et retour au CIT dans un GMC qui avait connu des temps meilleurs, la nuit fut bienvenue. Le lendemain nous eûmes la joyeuse surprise d’apprendre que nous allions avoir une revue de chambre par le lieutenant Guidini, rien qu'à entendre ce nom je tremblais dans mon treillis. Fixe !!!!!!!!!!! Le lieutenant rentre dans la piaule, l’air mauvais, les mains derrière le dos, et commence à vider toutes les armoires et retourner tous les lits consciencieusement en déclarant d’une voie de stentor que rien n’est rangé à son goût.
L’infirmerie
Le seul endroit où l’on pouvait être tranquille, c’était l’infirmerie, pas d’instruction, pas de marche ni de tir, dodo dans des draps comme dans le civil, pas de levée à 6 heures, la vie de pacha. Mais papi Louis veillait au grain, vous pensez bien, l’infirmerie, ok mais si tu n’étais pas malade ou blessé, là, c’était ta fête. Punition et engueulade, sans conter les corvées en veux-tu en voilà. Pour vous dire, moi qui avait peur du parcours du combattant, je préférais pisser dans mon froc plutôt que de m’aventurer à ce genre de chose.
La Garde
Monter la garde, si l’on y regarde bien, ce n’était pas si mal. Le principe était, 2h de temps libre la journée, 2h de garde et la nuit 2h de dodo 2h de garde. Il y avait la journée qu’un seul poste de garde à la grille d’entrée. Un matin d’incorpo, alors que les jeunes passaient la grille, j’en vis dans le poste de garde 7 ou 8 assis bien sagement, c’était des insoumis, qui refusaient de porter les armes. J’ai eu de la peine pour ces gosses que l’on allait mettre en prison pour un crime qu’ils n’avaient pas commis. C’était vraiment désolent de les voir ainsi, surtout que je devais les surveiller. Une nuit de garde, je dus aussi aller ravitailler le chauffage de l’état major, avec bénéfice de sauter un tour de garde. Je ne me fis pas prier deux fois, mettre deux pelles de charbon et re-dodo, contre un tour de garde. J’étais gagnant, surtout celui qui était désigné, ne voulait pas le faire et avait accepté l’échange.
La permission
Enfin un matin nous avons pris nos valises, tenue de sortie, képi sur la tête, chaussures comme des miroirs, au grand garde à vous, devant le chef Louis, qui pour une fois apprécia notre tenue. Ceci fait après quelques redressage de cravate et de béret, on nous remis notre carte d’identité militaire et notre première permission. Direction les camions et en avant pour la gare. La PM sembla nous ignorer dédaigneusement, moi je me cachais dans un coin derrière un panneau indicateur. Enfin le train arriva, et quel train, un train permissionnaire, les voitures avaient dû faire la dernière guerre, enfin, nous quittions Toul et le CIT. Après un voyage interminable, nous arrivons gare de l’Est. Là, pas de PM, mais la prévôté un grand gaillard, me toisa l’air méchant, et je m’engouffrais dans le métro. La contrôleuse, avec son casse noisettes, fait signe de passer en me disant que nous les militaires on a pas de sous. La brave femme, je l’aurais bien embrassée. Arrivée gare d’Austerlitz, enfin pas de PM, je cherche mon train direction Angoulême.
12 jours de perme. La suite relève de mon intimité familiale.
De retour de la première permission, arrivée vers 5 heures du matin, je me dis, ils vont peut être reprendre l’instruction en douceur? Hou la ! Vous parlez d’une douceur. Programme, le matin, en guise d’apéro, parcours du combattant, l’après-midi, marche de 12 kilomètres, de quoi avoir des idées meurtrières.
Le permis de conduire
Le lendemain direction la formation pour le permis de conduire VL. Moi, dans un premier temps, je ne pouvais conduire que du VL vu ma taille. Nous nous trouvons devant un terrain en arrondi, où des Jeeps tournaient en rond comme un manège. Le 1er jour, tout en tenant juste le volant, un moniteur passe les vitesses et freine. Le deuxième jour ce fut le double pédalage, pour moi ce fut pas bien méchant. Je préférais ça au parcours du combattant. Les jours suivants, ce fut la sortie de stationnement, puis le stationnement et quelques cours de mécaniques. Puis vint le jour du permis. Moi qui m'en faisais toute une idée, ce fut 2 tours de pistes, et basta. Je reçus la feuille verte.
La préparation au CA1
Dès lors, le rythme et la formation changèrent. Nous n’étions plus de simples militaires du rang, mais de futurs encadrants et on apprenait notre métier. Je vous rassure, le coiffeur et la CDO ne changeaient pas. Donc, le parcours du combattant, si on continuait à le faire, on devait savoir comment expliquer aux futurs recrues comment s’y prendre, de même que le sport en plateau. La conduite en école de rames s’accéléra. J'eus même le privilège de conduire le chef Louis, j’en aurais pissé dans mon treillis.
Les cours de radio
Là, je peux dire que j’ai apprécié, on nous a appris à faire le point zéro, à nous servir des TRPP 8, des ANPRC 10, des C 9, savoir par cœur l’alphabet phonétique radiophonique, changer de fréquences, et surtout pour le C9, ne pas oublier de mettre à la terre, sinon il crachait des flammes.
La cartographie
Savoir repérer le nord physique et le nord magnétique, se repérer sur la carte, pouvoir y aller en jeep, où se trouve tel ou tel point, le talweg et le mamelon etc...
Le combat
Pour les exercices de combat, nous partions chargé comme des mules, avec le fusil, PM et grenades à plâtre, sur le plateau d’Ecrouves situé à 6km environ. Nous traversions toute la caserne, puis un petit chemin nous amenait au pénitencier d’Ecrouves, et là nous attaquions la montée du plateau. En cours de route nous nous divisions en deux parties, le plastron, qui devait nous attaquer et le restant qui devait se défendre. Grenades, balles à blanc, tout était utilisé. Un jour, j’ai même ramené un autre cadet les bras en l’air au bout de mon fusil. Là, sur le chemin on trouvait toujours une brave femme qui nous vendait soda et sandwichs. Cette brave dame on l’avait surnommée, la Mère casse-bite. On était bien méchants quand même. Le retour une fois rentré dans le CIT, se fit au pas l’arme sur l’épaule.
Le CA1
Réveillés de bonheur treillis impeccable, chaussures comme des miroirs, nous nous sommes présentés pour le CA1. Plusieurs épreuves nous attendaient. Le parcours du combattant, départ deux par deux, en temps chronométré, et ma foi je dois dire que je ne fus pas mauvais. La radio, recherche du point zéro, une formalité, on peut dire. La cartographie et recherche d’un point précis sur carte et sur le terrain. En toute honnêteté, là arrivée sur le terrain, j’ai un peu pataugé pour trouver la gare. Enfin, l’ayant trouvé, l’examinateur avait l’air satisfait. Et bien d’autres dont je me souviens plus.
Le choix de l’affectation
Reçu au CA1, on nous a tous rassemblés devant un tableau où il était écrit un nombre de noms de villes, en France et en Allemagne. Nous devions choisir en fonction de notre classement. Je fus dans le milieu à le faire. C’était la 220 ème CCR à Metz.
Et c’est comme ça que je quittais le CIT 156 pour Metz